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GABRIEL DESHAYES
Un jeune prêtre intrépide
Un jour, la maison où il se réfugie est entourée de soldats.: "Oui, oui, dit-il. Deshayes est ici, j'en suis bien sûr, moi ! Cherchons, citoyens". Et, il disparaît dans la foule. Une autre fois, à peine est-il assis à la table d'un château avec son ami, l'abbé Georges, qu'une servante se précipite : "Les Bleus pleine cour !" Gabriel Deshayes saute par la fenêtre, dissimule son compagnon dans les broussailles, d'un bond franchit la douve et s'enfuit dans la campagne. Les bleus l'aperçoivent et arment leurs fusils. Les balles sifflent à ses oreilles sans l'atteindre. Ayant distancé ses poursuivants, il a le temps de troquer la tenue d'un paysan et de se saisir de sa serpe. Quand les gendarmes arrivent à sa hauteur, il leur indique, sans vergogne, la direction prise par le fuyard … Une autre fois encore, il travaille tranquillement avec l'abbé Georges et un autre compagnon quand un messager vient les avertir : "Filez vite. On est sur vos traces. Le tribunal révolutionnaire vous attend." C'est le soir. Les trois amis sortent de leur retraite et empruntent la grand-route : c'est moins suspect. Justement, les gendarmes viennent droit sur eux et il fait pleine lune. Impossible de fuir. Les trois hommes se rangent silencieusement le long du fossé. Les gendarmes passent et ne voient rien ... En bien d'autres occasions, Gabriel Deshayes échappe aux soldats qui le traquent et aux jours plus sereins du Consulat, il est disponible pour un ministère plus tranquille. Un curé social C'est en avril 1805 que Gabriel Deshayes arrive à Auray, paroisse de 3000 habitants. Il s'attaque à diverses urgences que son sens de Dieu et de l'homme lui font vite repérer.
Dans les rues d'Auray, il croise des malentendants. A l'époque, on les appelle des sourds. Facilement, ils sont traités d'idiots ou de stupides. Gabriel Deshayes s'en émeut. Dès 1810, il confie les filles aux Sœurs de la Sagesse, à la Chartreuse qu'il vient d'acquérir. Plus tard, il charge les Frères de Saint-Gabriel des garçons et développe son œuvre en faveur des aveugles et des malvoyants. Sa vie durant, ce seront ses enfants préférés. Comme le résume son évêque, Mgr de Pancemont : " L'abbé Deshayes ne va se coucher le soir que pour rêver aux nouvelles merveilles qu'il exécutera le lendemain". Et lui-même témoigne : "Je ne me suis jamais défié de la Providence. De son côté, elle ne m'a jamais manqué. " Le fondateurSuite à un ensemble de circonstances, le Père Deshayes est appelé à Saint-Laurent-sur-Sèvre où, le 17 janvier 1821, il est élu Supérieur général des Pères Montfortains et des Sœurs de la Sagesse. Pendant vingt ans, il va remplir cette charge. Dans le même temps, il s'occupe des Sœurs de l'Instruction chrétienne qu'il a fondées à Beignon et achète pour elles une propriété à Saint-Gildas-des Bois : ce sera leur maison mère. Bien vite, il confie la direction de son institut à un vicaire général de Nantes, l'abbé Angebault. De même, il laisse à l'abbé de la Mennais la haute direction des Frères de Ploërmel. Il lui reste suffisamment d'ouvrage, car à Saint-Laurent-sur-Sèvre, il dirige les congrégations montfortaines, relance avec les Frères de Saint-Gabriel son œuvre d'instruction des campagnes commencée à Auray, fonde, dans le diocèse de la Rochelle, une congrégation de frères agriculteurs, les Frères de Saint François d'Assise et aide l'abbé Ormières à fonder l'institut des Sœurs de l'Ange Gardien, à Quillan, dans le diocèse de Carcassonne. Rien ne pouvait ralentir son zèle. Une semaine avant sa mort survenue le 28 décembre 1841, il continue de faire des projets pour l'instruction des aveugles: "Vous pensez peut-être, confie-t-il aux Sœurs de la Sagesse, que je suis bien vieux pour former tous ces projets : je le sais, mais quand je n'aurais que huit jours à vivre, je m'occuperais encore de bonnes œuvres." |