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Jean-Marie de la Mennais
Saint Malo : "de la race des corsaires"
Le jeune abbé cumule la charge de vicaire de la cathédrale avec celle de professeur du séminaire de Saint-Malo que ses deux aînés, les abbés Engerran et Vielle viennent de rouvrir. Sa santé ne tient pas et il doit s'arrêter deux années entières qu'il met à profit pour parfaire sa formation à Paris et pour se reposer au manoir familial de la Chesnaie, près de Dinan, en compagnie de son frère cadet Féli.
Tous deux travaillent à la rédaction de deux ouvrages : Réflexions sur la situation de l'Église en France et Tradition sur l'institution des Évêques. Jean accumule les matériaux et approfondit la recherche historique pendant que Féli met la dernière main au texte final. Les deux ouvrages font sensation : les deux La Mennais y défendent haut et fort les droits de la papauté et reconnaissent déjà l'infaillibilité pontificale. Mais c'est surtout l'Essai sur l'indifférence, ouvrage de quatre volumes auquel Jean-Marie ne participe pas directement, qui porte Féli au plus haut point de son renom littéraire. Le premier tome paraît en décembre 1817 et est immédiatement traduit en plusieurs langues. Jean reprend ses cours au collège ecclésiastique de Saint-Malo jusqu'à ce qu'un décret impérial l'oblige à le fermer. Le blocus continental finit par ruiner le commerce familial. Jean s'occupe de la liquidation des biens. Saint-Brieuc : le releveur de ruines.11 janvier 1815 : Mgr Cafarelli, évêque de Saint-Brieuc, dont Jean est le secrétaire particulier depuis neuf mois, meurt subitement. Jean-Marie de la Mennais est élu par le Chapitre, Vicaire capitulaire. Il a 35 ans et devient l'Administrateur principal du diocèse. Il le restera cinq ans. Sous son impulsion, la vie chrétienne renaît dans le diocèse. Il organise les retraites ecclésiastiques, les missions populaires, active le recrutement sacerdotal, rouvre les couvents des Ursulines dans diverses villes, réorganise les collèges ecclésiastiques de Tréguier et de Plouguernével, combat avec vigueur l'implantation des école mutuelles (laïques) dans le diocèse. L'instruction de la jeunesse le préoccupe au plus haut point. Dès 1816, il réunit quatre demoiselles pour s'occuper de l'éducation des petites filles: ainsi naît la congrégation des Filles de la Providence de Saint-Brieuc. Pour les garçons, il obtient, grâce à l'appui de son ami Gabriel Deshayes et pour faire front à la concurrence des écoles mutuelles dont il dénonce les travers, le retour des Frères de la Salle à Saint-Brieuc. Il ouvre un noviciat pour préparer des instituteurs pour les campagnes. Associés aux disciples d'Auray formés par Gabriel Deshayes et bientôt réunis à Ploërmel selon les termes du traité d'union du 6 juin 1819, ces Frères sont à l'origine de l'Institut des Frères de l'Instruction chrétienne. A l'arrivée du nouvel évêque de Saint-Brieuc, Jean-Marie de la Mennais, nommé Vicaire général, reste quelques mois sur place avant d'accepter la charge de Vicaire Général de la Grande Aumônerie à Paris (1822-1824). Il y contribue surtout au choix et à la nomination de 40 évêques et refuse, pour lui, le siège de Quimper.
Ploërmel: Le supérieur des Frères et le pionnier de la liberté d'enseignement Le 16 novembre 1824, Jean-Marie de la Mennais s'installe à Ploërmel dans l'ancien couvent des Ursulines racheté par Gabriel Deshayes et va y demeurer jusqu'à sa mort en 1860. Il transforme petit à petit les vieux bâtiments en ruines en une vaste demeure capable de recevoir les nombreux jeunes gens qui s'y présentent et d'accueillir tous les ans l'ensemble des frères pour la retraite annuelle.
C'est de Ploërmel qu'il dirige son institut. En voiture, il parcourt sans relâche les cinq départements bretons et sème çà et là de nouvelles écoles, au gré des demandes des curés ou des maires. Lorsqu'il rentre à Ploërmel, il dépouille l'abondant courrier qui l'attend. Il prépare les conventions, conseille ses frères, importune les inspecteurs, préfets ou ministres pour réclamer justice ou demander des subsides, solliciter un arbitrage ou exposer un point de vue nouveau, et sans cesse réclamer une liberté que les lois successives ou les règlements nouveaux érodent chaque jour . De cette correspondance, il reste aux Archives plus de 1600 lettres aux frères et au moins 4000 lettres administratives. Grâce à ce zèle tenace, à sa connaissance du terrain et à son sens inné de l'organisation, il développe et généralise l'enseignement primaire en Bretagne et innove en matière d'enseignement agricole ou professionnel. A sa mort, l'institut compte 852 frères et 349 écoles (dont 51 dans les colonies). Sa réputation lui vaut d'être consulté par la comte de Falloux avant la promulgation de sa loi en 1850 et l'avis de "l'ignorantin breton" comme il se nomme lui-même est largement pris en compte par la commission.
De toutes parts, en France et même de l'étranger, on le sollicite pour obtenir des frères : à chaque fois, il se borne à proposer son aide dans la formation des futurs religieux et se cantonne à la Bretagne. Par deux fois, il déroge quelque peu à son habitude en faveur de la Normandie et de la Gascogne. Il se développera ainsi deux branches religieuses qui fusionneront avec la branche-mère de Bretagne vers 1880.
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